Musicien-guitariste, spécialiste et praticien de la guitare à dix cordes, Pierre Laniau a investi les arts visuels, la photographie, le dessin, la peinture et la vidéo à partir de 1988. Il inaugure cette année-là une série ininterrompue de « Portraits des princes », affiches électorales récupérées sur lesquelles il modifie picturalement le sujet. A peine iconoclaste, œuvre de détournements, invitation de l’esthétique dans les programmes électoraux, elle dévalue le sérieux et les espoirs portés par les portraits officiels contre la duperie.

Flâneur, marcheur, arpenteur de rue, Pierre Laniau photographie, depuis des années, les déchets urbains, ses « fétiches de rues » qui offrent toute leur puissance esthétique et comblent le champ visuel d’une présence singulière. Ces figures nées de la coïncidence et du hasard livrent soudainement une réflexion sur l’objet, du déchet à l’œuvre d’art en affirmant l’importance du regard qui s’y attache. Mais Pierre Laniau ne sauve rien. Il n’emporte pas ces restes, il se réjouit de la magie d’un dialogue encore possible, peut-être aussi entre les mondes.

Pierre Laniau offre à travers ses photographies de rue et de ses déchets ou objets abandonnés une vision tout à fait singulière du paysage urbain et de la présence humaine en livrant toute la poésie ou dimension esthétique de ce qui est posé-là. Son exploration des objets est aussi une manière de se souvenir des hommes qui les ont manipulé ou aimé, qu’ils soient anonymes ou, comme dans la vidéo The sounds of collection: hommage to Michel Fédoroff, qu’il s’agissent d’un collectionneur aimé dont fait résonner, par le toucher et le son, les œuvres qui ont construit sa vie. La nature de son regard s’immisce dans le champ photographique pour livrer une manière d’être au monde. Il ré-enchante la part la plus insignifiante de l’espace commun.

charlotte waligora